Politique agricole au Nigéria : entre potentialités, ambitions et impasses

Récolte de tomates par des ouvriers agricoles nigérians soutenus par l’entreprise Babban Gona dans la lutte contre le chômage et la réduction des conflits. Photographie de Jason Andrew. Source : Natgeographic, Nigéria : L’agriculture contre les armes 

L’action publique en matière d’agriculture dans les pays africains est présentée comme ayant eu un impact significatif sur la réduction de la pauvreté et comme un moteur de croissance. Parmi les plus connus d’entre eux, les grands projets de réforme agraire du Burkina Faso initiés par Thomas Sankara, personnalité très attachée à la souveraineté alimentaire. 

L’agriculture est une composante clé de l’économie du Nigéria. Elle représente 40% du PIB et le secteur agricole emploi 70% de la population active. Cependant, les prix des denrées alimentaires sont très élevés pour les ménages causant malnutrition infantile et insécurité alimentaire. Depuis l’indépendance du pays, les politiques agricoles du Nigéria ont pourtant beaucoup évolué. D’abord, dès les années 1960, l’Etat est fortement intervenu dans le secteur agricole par la conception au niveau fédéral de plans de développement et leur mise en œuvre par les différents Etats fédérés, dans l’objectif de renforcer la production nationale.

Les années 1970 quant à elles, se caractérisent par un désinvestissement de la question agricole au profit de l’exploitation intensive du pétrole. Les conséquences n’ont pas tardé à se faire sentir puisque le Nigéria deviendra de plus en plus dépendant de l’importation de denrées alimentaires et connaitra même une crise alimentaire majeure en 1976.

En 1998, le gouvernement nigérian porte un regain d’intérêt au secteur agricole avec, pour la première fois, comme objectif, la sécurité alimentaire à travers le développement de la production agricole locale. Depuis cette période, l’agriculture bénéficie d’une place importante dans les orientations stratégiques du pays.

En ce sens, en 2011, le ministère de l’Agriculture et du développement rural a initié l’Agricultural Transformation Agenda, un plan de transformation du secteur agricole dont les objectifs sont l’autosuffisance alimentaire et la création d’emplois. En élaborant ce plan, les autorités publiques nigérianes ont l’ambition de répondre aux enjeux majeurs de l’agriculture nigériane qui n’ont pas été atteints par les précédentes politiques agricoles, tout en incorporant de nouveaux acteurs dans les processus décisionnels.

Une politique agricole ambitieuse pour pallier aux échecs du passé

Les politiques agricoles précédentes ont connu beaucoup de déboires. En outre, leur mise en œuvre par l’administration centrale et les Etats fédérés a été sujette à une mauvaise coordination. Conséquences, l’insécurité alimentaire voire la famine dans certaines régions et la situation désastreuse des fermiers persistent jusqu’à nos jours. Elaborée dans le cadre des Objectifs du millénaire pour le développement, cette nouvelle politique agricole se veut plus efficiente dans la gestion des problèmes d’insécurité alimentaire et de chômage lié au secteur agricole en sollicitant la participation d’acteurs privés et d’ONG engagés dans la promotion d’une représentation positive de l’agriculture dans la société nigériane.

45 300 fermiers et entrepreneurs du monde rural sont directement concernés par la nouvelle politique agricole. Les petits et moyens entrepreneurs et les associations commerciales qui fournissent des services aux ménages ruraux en sont quant à eux les bénéficiaires indirects. Les femmes et les jeunes, particulièrement touchés par le chômage, sont les premiers visés par cette mesure. Jusqu’ici l’ATA a obtenu des résultats positifs. Entre 2011 et 2014, la production alimentaire nationale a augmenté de 21 millions de tonnes et les emplois agricoles directs ont augmenté de 3,56 millions sur la même période.

Le partenariat public-privé

« Le secteur agricole a donc un fort potentiel pour relever les défis socio-économiques, notamment les niveaux élevés de revenu, la pauvreté et l’insécurité alimentaire. »

Compte tenu de l’importance du secteur sur le plan économique, des investissements importants du public et du privé sont nécessaires pour atteindre et maintenir le taux de croissance élevé espéré grâce à la réforme agraire.

Le véritable changement réside dans l’implication d’acteurs privés, au premier rang desquels la Banque Africaine de Développement, la Banque Mondiale et des organisations non gouvernementale comme la West Africa Agricultural Productivity.

Les investissements publics sont axés sur le développement des infrastructures, notamment la réhabilitation ou la création d’infrastructures agricoles dont l’objectif est de lutter contre les effets du changement climatique, restaurer la fertilité des sols et éliminer les obstacles au commerce intérieur. A terme, l’ambition est de permettre une meilleure conformité aux normes de qualité régionales et internationales afin de restaurer la confiance de la communauté internationale à l’égard de l’Etat nigérian et de sa capacité d’agir.

Quant à la participation croissante du secteur privé, devrait permettre de développer de nouvelles technologies agricoles et créer de nombreux emplois dans les zones rurales et urbaines.

L’Agricultural Transformation Agenda semble être une feuille de route prometteuse mais il reste encore beaucoup à faire pour atteindre les objectifs qui transformeront l’énorme potentiel agricole du Nigéria en prospérité dont les fruits profiteraient à tous.

Achta Brahim Moussa

Conférences

KAMGA TCHWAKET Ignace, 5th International Conference of AAAE. Transforming Smallholder Agriculture in Africa: The Role of Policy and Governanace, 23-26 septembre 2016, Addis Abeba, Ethiopie. Yaoundé, Cameroun : Dr KAMGA TCHWAKET Ignace (non-commercial, tous droits réservés), 2016, 27 pages.

Circulaires

ADB – Nigerian Federal Ministry of Agriculture and Rural Development. Agricultural Transformation Agenda Support Program. African Development Bank Group, P-NG-AAB-003, juillet 2013, 29 pages.

Ambassade de France au Nigéria, Service Economique Régional d’Abuja. Les Secteurs de l’agriculture et de l’agrobusiness. Septembre 2015, 2 pages.

Articles périodiques

DOUILLET Mathilde et GRANDVAL Fanny. La politique agricole du Nigéria, à la recherche de cohérence dans les cadres stratégiques. Grain de Sel, 2010, N°51, 3 pages

WAFEU TOKO Patrick. L’analyse de politiques publiques en Afrique Noire. HAL, 2008, HAL Id : hal-00397756, 19 pages

Autres sources

http://www.nationalgeographic.fr/environnement/2017/11/nigeria-delaisser-les-armes-pour-lagriculture

http://gavelinternational.org/jonathans-agricultural-transformation-agenda-was-a-real-revolution/#sthash.R8hwjxwH.FhDMMOVS.dpbs