Les protections périodiques : du tabou au débat

© Capture d’écran de la publicité Bodyform (marque de protections périodiques anglaise) : pour la première fois le sang des règles est visible et n’est plus représenté par un liquide bleu, 2017

Produit de première nécessité ou produit de luxe ?

Le secrétaire d’État au budget Christian Eckert déclencha en 2015 les foudres des mouvements féministes en déclarant que « le taux de TVA à 20% est également appliqué aux mousses à raser pour les hommes », affirmant qu’il s’agissait d’un produit d’hygiène comme un autre. Les débats qui suivirent, ont donné l’occasion aux collectifs féministes mobilisés de dénoncer le primat d’intérêts financiers et économiques, sur la santé des femmes.

Les protections périodiques génèrent via la TVA des millions d’euros pour les États, et des milliards de dollars pour les multinationales [i] qui les produisent. La baisse de la TVA une fois obtenue, n’a pas été répercutée sur les prix des protections hygiéniques. Par conséquent, ce sont les multinationales qui profitent désormais d’une marge encore plus élevée sur leurs produits au détriment du budget de leur clientèle féminine.

Face aux lobbies, des associations féministes dénoncent également la précarité menstruelle : toutes les femmes n’ont pas les moyens d’acheter des protections périodiques tous les mois. Mais au-delà de la question financière, c’est l’image des règles véhiculée par les médias qui dérange. Les associations féministes dénoncent ainsi l’existence d’un marketing genré qui présente les règles comme une « contrainte honteuse » à cacher [ii] et soulèvent également des questions sanitaires.

Santé : pourquoi si peu de transparence ?

En 2018, l’ANSES publie un rapport afin de nourrir le débat sur la composition des protections hygiéniques. L’agence s’est basée pour cela sur les informations fournies par les fabricants, fabricants qui ont pourtant tendance à minimiser la présence de substances toxiques dans leurs produits pour ne pas s’auto-incriminer. Le verdict du rapport est paradoxal : bien qu’il reconnaisse la présence de substances chimiques comme le lindane et le quintozène (deux pesticides interdits en Europe depuis 2000), le danger ne viendrait cependant pas des protections hygiéniques en elles-mêmes, mais de l’usage qu’en font les femmes. Dans un communiqué officiel, l’agence minimisera même le danger de la présence de ces composants toxiques dans les protections hygiéniques en indiquant, qu’ :

« Aujourd’hui, on ne peut garantir l’absence de produits chimiques dans aucun produit. »

Pour les groupes féministes, cette mauvaise foi continue d’alimenter l’idée que la santé des femmes importe peu aux législateurs et industriels. Alors que 20 femmes par an sont victimes en France du syndrome du Choc Toxique provoqué par les composants occultés, la question de la nocuité des protections hygiéniques n’est presque pas abordée dans les débats publics. Il faut rappeler que la France, contrairement au Canada ou aux Etats-Unis ne dispose pas – encore – de réglementations spécifiques relatives aux produits d’hygiène. On se retrouve ainsi dans une zone de flou législative qui ne semble pas bénéficier aux consommatrices.

Environnement : la cup est pleine ?

La consommation massive de serviettes et tampons est aussi un enjeu environnemental. Si l’on estime qu’une femme a ses règles 12 fois par an durant 40 ans, cela signifie plus de 5 700 protections utilisées. Les produits périodiques ainsi que leurs emballages ont donc un impact non négligeable sur l’environnement. D’autant que les procédés de fabrication sont tout aussi polluants que les déchets produits après usage.

Il faut 500 ans à ces produits pour se dégrader ce qui en fait l’une des industries les plus polluantes au monde, selon Greenpeace.

Face à ce coût environnemental, des organisations de défense de l’environnement militent en faveur de la promotion d’alternatives. Plusieurs marques vont ainsi se spécialiser dans les protections écologiques, c’est le cas de Natracare dont les serviettes sont fabriquées à partir de cellulose naturelle provenant de forêts gérées écologiquement. Le « bio » devient alors le premier argument de vente. La principale alternative reste néanmoins la cup. Cette coupe en silicone d’une durée de vie de 10 ans permet un gain environnemental. Les déchets hygiéniques sont réduits et la fabrication beaucoup moins polluante. Ces alternatives moins coûteuses et plus respectueuses de l’environnement peinent néanmoins à s’imposer sur le marché, alors même que pour certaines, comme la cup, elles existent depuis la moitié du XIXème siècle.

Par ailleurs, elle ne fait pas l’unanimité. Le Dr Elisabeth Paganelli [iii] estime que l’arrivée de la cup sur le marché est avant tout un coup marketing : « on dit que la cup est bio mais qu’est-ce que ça veut dire ? » étant donné qu’il n’existe aucune étude sur sa composition. Elle plaide pour que l’Etat mène ses propres enquêtes, ce qui ne semble pas être programmé sur l’agenda public. Faut-il y voir une influence des grands groupes industriels qui produisent les protections périodiques ? Ces études ne sont pas dans leur intérêt : ils perdraient potentiellement une part importante de leur marché si la cup s’avérait plus économique, écologique et hygiénique que les protections qu’ils commercialisent.

On le voit, le débat sur la « taxe tampon » a engendré d’autres questions tant sur la composition des produits, que sur l’augmentation et promotion d’alternatives. Parallèlement, on assiste à une libération de la parole des personnes transgenres et non binaires qui, malgré un manque de reconnaissance participent au débat et dénoncent la représentation genrée des menstruations dans l’espace public.

Article rédigé par Naïey K. – Esther B-M. – Lana B. – Sherihane B.

[i] Procter & Gamble, Nana

[ii] Froidevaux-Metterie Camille, Le Corps des Femmes, la bataille de l’intime, Philosophie Magazine Editeur, Paris, 2018, p.49 (157 pages)

[iii] Secrétaire générale du SYNGOF (Syndicat National des Gynécologues et Obstétriciens de France)

Références

OUVRAGES

PARKER Jack, Le grand mystère des règles, pour en finir avec un tabou vieux comme le monde, Flammarion, Paris, 2017

THIÉBAUT Élise, Ceci est mon sang, petite histoire des règles, de celles qui les ont, et de ceux qui les font, La Découverte, Paris, 2017, 248 pages

PODCASTS

KERVRAN Perrine, “Rouge comme les règles” (4 épisodes), LSD La série documentaire. France Culture [en ligne]. 2017. Disponible sur : https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/histoire-dun-tabou-menstruel

“La Mensuelle”, (3 épisodes), Ausha Podcast, [en ligne]. 2018. Disponible sur : https://podcast.ausha.co/la-menstruelle

VIDEO

MARREY Angèle, 28 jours [en ligne]. 28 octobre 2018 [03 décembre 2018]. https://www.youtube.com/watch?v=X1R5pBpKgVE&fbclid=IwAR2sXeB30OmYzcVuRS7p5CaBRAAo-ha4zabhBXY6X7j6yeDMN92DGzHdcqU&app=desktop