Baisse des limitations de vitesse à 80 km/h : une mesure de bon sens politique

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Depuis trois ans, le nombre de morts sur les routes françaises est reparti à la hausse.
www.twin-loc.fr/Flickr, CC BY-SA

Fabrice Hamelin, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

Le 11 décembre dernier, le Premier Ministre Édouard Philippe annonçait dans un tweet qu’il était personnellement favorable à l’abaissement de la vitesse de 90 à 80 km/h sur les routes bidirectionnelles sans séparateur central. Depuis cette annonce surprise, les éditorialistes et les observateurs de l’action publique de sécurité routière, lorsqu’ils sont favorables à la mesure, mobilisent la thèse du courage politique pour expliquer son geste. Il y en a à défendre une mesure refusée par son prédécesseur pendant plusieurs années et fortement contestée par une partie des acteurs de la sécurité routière.

Pour autant, l’explication semble un peu paresseuse. Elle ne fait que reprendre le leitmotiv des acteurs associatifs, ceux qui sont favorables à la mesure, là encore, et n’ont cessé de dénoncer le manque de courage de Bernard Cazeneuve, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur et en charge du dossier. C’est surtout une explication faible et qui a pour défaut de ne pas rendre compte du travail politique engagé.

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Quelle politique publique pour les mineurs isolés étrangers ?

Portraits de mineurs étrangers réalisés au sein de la Maison du Jeune Réfugié. Un établissement géré par France Terre d’Asile.

C’est à l’issue d’une réunion à la mairie du 18ème arrondissement le 13 septembre 2016 que Madame Dominique Versini[i] déclarait :

« Il n’y a pas un seul mineur isolé à la rue à Paris ».

Les chiffres semblent néanmoins contredire l’adjointe à la Maire de Paris en charge de la protection de l’enfance. Si en 2012 la France comptait 4 000 mineurs non accompagnés (MNA) référencés, ce sont 25 000 mineurs étrangers qui sont peu ou prou pris en charge selon l’Agence des Départements de France fin 2017. L’urgence de la situation pousse des associations à tirer la sonnette d’alarme.

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Égalité des chances et éducation prioritaire : une politique publique inadaptée pour un objectif utopique ?

Source image : pixabay.com

 

“L’égalité des chances, c’est le droit de ne pas dépendre exclusivement de la chance ou de la malchance », André Comte-Sponville, philosophe français, 1998.

Si l’instruction devient obligatoire en France dès 1882, l’école quant à elle est déjà inégalitaire en termes de réussite scolaire. L’école primaire est l’école “du peuple” tandis que le secondaire est l’école des privilégiés, des notables et des bourgeois qui se distinguent par leurs résultats. Il faudra attendre les années 1950 pour que soit abordée pour la première fois la thématique de l’échec scolaire grâce aux travaux de la sociologue Viviane Isambert-Jamanti. Elle rappelle en effet, que l’échec scolaire n’existe pas en soi, mais varie selon le moment socio-historique où il est considéré, selon les attentes de la société à l’égard de l’école, et de l’école elle-même à l’égard des élèves.

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Comment le voile a-t-il été progressivement transformé en objet politique ?

Métro Beaubien, Montréal, 8 juillet 2017. La question du « voile » couvre celle des tensions politiques entre province et gouvernement fédéral. Exile on Ontario St/FlickrCC BY-SA

Depuis les années 1990, le voile a été construit en France comme un objet de politiques publiques. Passant de fait social à problème public, il a suscité de nombreuses réactions et des mobilisations antagonistes. De l’Union pour un Mouvement Populaire (UMP) au Parti Socialiste (PS), comment le port du foulard a-t-il été inscrit à l’agenda politique comme un enjeu de société appelant une intervention publique ?

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La dépénalisation des prostitué(e)s : un changement de paradigme ?

Des travailleuses du sexe manifestent à Lyon contre la loi pénalisant la prostitution. Photo Reuters.

De tout temps, le groupe des « prostitué(e)s » a été construit – notamment par le pouvoir politique – en opposition aux autres groupes « intégrés » dans la société. Il s’est agi, sciemment, de marquer une délimitation claire entre, d’un côté, les prostituées et, de l’autre, le reste du monde. Ce mécanisme de séparation entre le « nous » et le « eux », cette construction sociale de la prostitution s’est donc faite par le biais d’autres acteurs que les prostituées elles-mêmes. Les acteurs les plus concernés ont donc vu leur parole confisquée.

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Lutte anti-tabagisme : la Corée du Sud plus efficace que la France ?

 

Le paquet neutre français. http://solidarites-sante.gouv.fr/  | Un paquet de cigarettes sud-coréen. www.mohw.go.kr/

La lutte contre le tabagisme remonte aux années 1950, à l’époque de la publication des premières études anglo-saxonnes démontrant les effets nocifs du tabac sur la santé des consommateurs. Des politiques publiques ont alors été adoptées à différents niveaux, notamment international avec la Convention-Cadre de l’OMS pour la Lutte Anti-Tabac, ratifiée en 2003 par 181 pays dont la France et la Corée du Sud. Comment ces deux pays s’y prennent pour respecter leur engagement dans la lutte contre le tabac ? Les politiques publiques nationales respectives déployées sont-elles efficaces ? La comparaison de la lutte contre le tabagisme en France et en Corée du Sud, deux pays aux cultures et normes sociales très différentes, permettra en outre de faire émerger les différentes raisons de la réussite ou de l’échec des politiques publiques en matière de lutte contre le tabagisme, à commencer par l’importance du rôle des différents acteurs.

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Alternance politique et loi antiterroriste : vers un état d’urgence permanent ?

Manifestation « Migrants Welcome » du 21 novembre 2015, interdite par les autorités sous l’état d’urgence  Photographe : Jeanne Menjoulet

14 novembre 2015. La France se réveille après une série d’attentats sans précédent. La veille, plus de 130 personnes ont trouvé la mort en région parisienne alors qu’ils assistaient à un concert ou buvaient un verre en terrasse. C’est sous le choc, et certainement sous l’influence de la peur de revivre ce cauchemar, que le gouvernement Valls va décréter, quelques heures seulement après ces attaques meurtrières, l’instauration de l’état d’urgence. Ce dernier va être reconduit six fois en deux ans, connaîtra l’alternance politique avec l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir, jusqu’à entrer dans le droit commun le 1er novembre 2017. Il aura duré 719 jours.

C’est certainement la mesure qui aura été la plus décriée ces dernières années, notamment par les organisations de lutte pour les libertés fondamentales qui soulignent son côté trop sécuritaire. Mais alors, qu’a concrètement changé cet état d’exception ? Focus sur une politique publique qui a profondément modifié et divisé tout un pays.

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