Union européenne – Union africaine: Un nouveau souffle pour la coopération

Le cinquième sommet triennal entre l’Union africaine (UA) et l’Union européenne (UE) a eu lieu les 29 et 30 novembre 2017 dans la capitale ivoirienne. Ce sommet a réuni les dirigeants européens et africains des 55 états membres afin qu’ils définissent les orientations futures de la coopération entre les deux continents. Ensemble, ils ont adopté une déclaration commune exposant les priorités pour le partenariat UE-UA dans quatre domaines stratégiques : perspectives économiques pour les jeunes ; paix et sécurité ; mobilité et migration ; coopération sur la gouvernance. Les relations UE-UA ont été mouvementées en 2016 en raison de l’incident portant sur le paiement par l’UE des troupes de la mission de l’UA en Somalie. En effet, cette affaire a fait ressurgir des insatisfactions à propos des aspects financiers et des lacunes que chaque organisation perçoit chez l’autre. Actuellement, les deux organisations connaissent une période de réformes internes et de transition qui auront des incidences considérables sur leur partenariat tout particulièrement en matière de paix et de sécurité. D’une part, l’UA a entamé une réforme institutionnelle profonde qui, si elle est achevée pourrait la rendre plus réactive, plus efficace et plus indépendante financièrement. Puis de l’autre, l’UE a perdu l’un de ses membres les plus riches et influents. L’UE doit également surmonter les défis posés par la crise migratoire et la lutte contre le terrorisme, qui l’animent de divisions internes. Cela aura nécessairement des conséquences sur ses relations avec l’UA.

Ces changements interviennent à un moment où la politique internationale est en mutation constante avec une administration Trump dont les contours de la politique africaine ne sont pas clairement définis et une influence chinoise de plus en plus croissante sur le continent. Dans ce contexte, l’article tentera d’imaginer dans quelle mesure la réforme de l’UA et les défis auxquels devra faire face l’UE pourraient faire évoluer les relations entre les deux unions.

UE-UA : De nouveaux enjeux

Créée en 2002 à Durban (Afrique du Sud) en application de la déclaration de Syrte du 9 septembre 1999, l’UA est une organisation d’États africains qui s’est substituée à l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) Elle compte aujourd’hui 55 États membres suite à la réintégration du Maroc le 30 Janvier 2017, soit tous les pays d’Afrique à l’exception de la Somaliland, reconnu par aucun État.  Les territoires africains contrôlés par l’Espagne (îles canaries, Ceuta, Melilla), le Portugal (Açores et Madère) et la France (Mayotte et la Réunion) sont également hors de la juridiction de l’UA. Du haut de ses 30 millions de km2 et de ses 1 milliard et 100 millions d’habitants en 2014, l’UA témoigne d’une importance stratégique considérable pour son partenaire européen. Son architecture institutionnelle est telle qu’elle est dotée d’une commission, d’un parlement panafricain et d’un conseil de paix et de sécurité. Le président de l’UA Paul Kagame et le président de la commission Moussa Faki Mahamat sont les personnalités clés dans le jeu des négociations entre les deux unions. Selon l’article 3de l’acte constitutif de l’UA, les objectifs de l’union sont notamment de : « Défendre la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’indépendance de ses États membres ; Promouvoir la paix, la sécurité et la stabilité sur le continent ; Accélérer l’intégration politique et socio-économique du continent ».

Les relations UE-UA sont anciennes et reposent sur des liens économiques, commerciaux, historiques, politiques et sécuritaires. Il faut savoir que l’UE est le principal contributeur de l’aide au développement et à la promotion de la paix en Afrique. A titre d’exemple, 7 missions civiles et militaires sont déployées dans toute l’Afrique ; 1, 4 milliards d’euros est consacré à des programmes éducatifs en Afrique pour la période 2014-2020 ; 32 milliards d’euros ont été investis en Afrique en 2015 par des entreprises européennes soit près d’un tiers de l’ensemble des investissements directs à l’étranger en Afrique ; 21 milliards d’euros d’aide au développement sont versés à l’Afrique en 2016 par l’UE et ses États membres. Ces aides économiques sont principalement régis par l’accord de Cotonou. Signé le 23 juin 2000 au Bénin après l’expiration de la convention de Lomé, il constitue le cadre général dans lequel s’inscrit les relations entre l’UE et les pays Afrique Caraïbes Pacifique (ACP).

Consciente de sa dépendance vis-à-vis de l’UE et pour s’autonomiser, l’UA a entrepris des réformes internes à la fois financière et institutionnelle. Si elles aboutissent, 25% du financement de l’UA sera destiné aux opérations de paix et sécurité d’ici à 2020 et 0,2% du montant des importations de « tous les produits éligibles » du continent seront prélevés. Cette taxe générerait 1 milliard d’euros par an ce qui permettrait d’envisager un financement plus prévisible et plus durable de ces opérations. Sur le plan institutionnel, il s’agira de reconcentrer les travaux de l’UA autour de quatre thèmes : paix et sécurité ; questions politiques ; définition d’une zone de libre-échange ; représentation de l’Afrique dans les affaires mondiales. Dans un souci de transparence et de crédibilité, l’UA souhaite un partage plus clair des responsabilités entre l’union et ses États membres ainsi que davantage de méritocratie dans le processus de recrutement du personnel.

Par ailleurs, l’UE fait face à des enjeux majeurs qui pourraient éventuellement redéfinir ses relations avec l’UA. En effet, l’Europe affronte aujourd’hui l’une des plus grandes crises migratoires de son histoire contemporaine. Durant la seule année 2015, plus d’un million de personnes entrent illégalement dans l’espace Schengen. La crise des réfugiés syriens n’a fait qu’amplifier l’envergure du phénomène. De même, le retrait du Royaume Uni de l’UE, qui contribuait à hauteur de 15% du budget du Fonds européen de développement (FED) qui finance la Facilité de soutien à la paix pour l’Afrique (APF) aura des répercussions majeures sur le futur des relations UE-UA. L’activité terroriste – des dizaines d’attentats frappent le cœur de l’Europe – modifie l’ordre des priorités de l’agenda européen.

De multiples désaccords

Des désaccords existent entre les deux unions, parmi lesquels figurent le passé colonial, la bureaucratie et la dépendance financière.

Inconsciemment et même consciemment, l’héritage colonial a un impact négatif sur la confiance partagée et la confiance tout court entre UE et UA. Bien que l’égalité soit une aspiration commune, le fossé économique entre les deux unions la rend impossible. A titre d’illustration, le PIB collectif de l’UE représente 17,6 trillions de dollars loin devant celui de l’UA qui s’élève à hauteur de 2,39 trillions de dollars. L’UE et ses membres sont souvent accusés de paternalisme par l’UA qui trouve irritante l’asymétrie de leurs échanges. L’UA pense que les discussions sont trop centrées sur les questions africaines ; à l’inverse, l’UE ne donne pas assez d’opportunités à l’UA de prendre part aux questions européennes.

Les rapports UE-UA, particulièrement dans le domaine de la paix et de la sécurité sont principalement des rapports financiers. Compte tenu du nombre limité d’États membres de l’UA qui contribuent aux opérations du ressort de ce domaine, il s’agit pour l’essentiel d’un rapport de « bénéficiaire à bailleur ». Source de grandes tensions, cette dynamique engendrent des lamentations presque permanentes des dirigeants européens. Elles portent notamment sur le fait que l’UE se considère comme un « distributeur d’argent condescendant ». Ainsi, elle souhaite que l’Afrique « paie sa part » : les États membres de l’UA s’y sont engagés, en tous cas sur papier, grâce à la taxe de 0,2% sur les importations, mais jusque-là, ces engagements, dans l’ensemble, n’ont pas été respectés. En raison de ces différends, l’avenir de la Facilité de soutien à la paix pour l’Afrique est incertain tout comme le budget de l’UE après 2020 et les instruments financiers qu’il soutient.

Par ailleurs, l’UA reconnait son déficit en matière de capacités, partiellement dû au manque de ressources, mais aussi aux mauvaises procédures de recrutement de son personnel. Pour limiter les effets contre-productifs que cela pourrait avoir sur ses propres intérêts, l’UE se tourne aujourd’hui vers des partenaires plus fiables, soit dans les communautés économiques régionales (CER) ou grâce à des coalitions d’États membres. Le soutien de l’UE à la force G5 qui combat les groupes djihadistes et le crime organisé au Sahel est une des conséquences de son mécontentement vis-à-vis de l’UA, dont les capacités administratives limitées, attestent de ses difficultés à respecter totalement le règlement européen. Le fardeau bureaucratique limite aussi les possibilités de discussions stratégiques constructives en raison d’un temps excessif accordé aux considérations administratives.

La recherche d’un terrain d’entente

Malgré leurs nombreux désaccords, les deux Commissions ont la volonté politique de travailler ensemble et le sommet UE-UA fut l’occasion de surmonter certaines différences pour un partenariat plus abouti basé sur des intérêts mutuels.

Les deux parties ont réaffirmé leur vision commune sur la tournure que devrait prendre leurs futures relations : des rapports davantage pragmatiques fondés sur les intérêts de chacun plutôt que de privilégier un partenariat d’égal à égal – dont l’usage est considéré comme une erreur par la majorité des membres des deux unions. Pour faire en sorte que le partenariat soit mieux ancré dans les intérêts mutuels, les discussions entre les deux unions doivent être davantage axées sur les affaires stratégiques et politiques. Lors du sommet, les dirigeants européens et africains ont convenu de promouvoir la mobilité des étudiants, du personnel enseignant et des chercheurs sur l’ensemble du continent africain, notamment en renforçant le programme d’échange Erasmus Plus entre l’Afrique et l’Europe. Dans ce cadre, les représentants des deux unions ont mis l’accent sur l’investissement dans la jeunesse. Une priorité absolue pour l’Afrique dont 60% de la population a moins de 25 ans. Pour booster l’employabilité des jeunes africains, le nouveau plan d’investissement extérieur de l’UE prévoit de mobiliser 44 milliards d’euros d’investissements dans le continent d’ici à 2020.

Pour réduire tensions et malentendus, renforcer la coopération à tous les niveaux serait un bon moyen d’établir un climat de confiance entre UE et UA. Des interactions plus régulières entre les Conseils des deux organisations permettraient de consolider leur connaissance mutuelle et leur dynamique interne.

Repenser les relations UE-UA 

Ces principaux points de désaccord et de frustration qui jusqu’aujourd’hui ne permettent pas vraiment aux deux institutions de tirer pleinement profit de leurs relations amènent à repenser les rapports UE-UA dans le nouveau contexte mondial.

La grande inconnue reste l’avenir du modèle ACP. Ce modèle est vu comme une construction coloniale puisqu’il comprend en majorité des anciennes colonies européennes. Au-delà de ce passé colonial, peu de choses relient les États entre eux. D’autant plus que les enjeux de paix et de sécurité des pays des Caraïbes et Pacifique sont très distincts de ceux auxquels l’Afrique fait face. Une des possibilités serait que l’UE élargisse l’accord de Cotonou pour l’ouvrir à l’ensemble des pays en développement ce qui permettrait de créer un pilier distinct pour l’Afrique qui engloberait l’Afrique subsaharienne. Cependant, certains pays d’Afrique du Nord notamment s’opposent à cette idée et ont des doutes quant aux motivations de l’UE, préférant conserver les accords actuels régis par les traités conclus avec l’UE.

L’accord de Cotonou, qui prend fin en 2020, pose la question de l’avenir du FED et de l’APF qui fait partie de ce fonds. Eventuellement, l’UE souhaite intégrer ce fonds dans le budget européen et modifier sa portée. Cela s’inscrit dans un débat plus global sur le réexamen du budget et des instruments financiers de l’UE.

La sortie du Royaume-Uni coïncide avec un regain d’intérêt de l’Allemagne pour le continent africain. En effet, l’Allemagne a constaté que l’instabilité en Afrique avait des répercussions sur ses intérêts nationaux. En conséquence, son engagement sur le continent devient de plus en plus marqué. En janvier 2017, le gouvernement allemand a révélé son « Plan Marshall » avec l’Afrique qui vise à promouvoir le commerce équitable et l’augmentation des investissements privés notamment. Néanmoins, l’Allemagne n’a pas encore acquis la confiance dont font preuve la France et le Royaume-Uni dans ce domaine.

De même, la globalisation ouvre l’Afrique à la dynamique des États émergents (Chine, Brésil, Inde) et détermine les termes de l’émancipation du tutorat européen. La montée en puissance des États émergents est une opportunité pour tous les États du monde à commencer par les pays industrialisés de l’UE. Le devoir de l’Afrique est de prendre ce train en marche en vue d’atteindre deux objectifs essentiels. D’une part, s’émanciper du tutorat européen et profiter des vertus de la mondialisation comme une logique de champ de bataille où ne sont respecter que des partenaires capables de créer des richesses. De l’autre, imaginer et conclure des partenariats stratégiques non seulement avec les pays émergents mais également avec les pays industrialisés comme l’exige les prescriptions de l’OMC ainsi que l’accord de Cotonou.

Par ailleurs, si la taxe issue de la réforme financière de l’UA permettrait de générer plus d’un milliard d’euro par an, cela est-il suffisant pour s’autonomiser vis-à-vis de l’UE ? De la même façon, sur le plan sécuritaire – conformément à la résolution 2320 du Conseil de Sécurité – l’ONU a accepté de financer 75% des opérations de paix de l’UA dès lors que ses États membres finançaient les 25% restants. Dans cette optique, il est opportun de se demander si ces 25% de contribution financière permettront à l’UA de devenir plus indépendante financièrement ? De plus, tant que persistera la pauvreté – aujourd’hui plus de 500 millions sur 1,2 milliards d’habitants africains vivent sous le seuil de pauvreté – un taux d’analphabétisation élevé – aujourd’hui 153 millions d’adultes africains sont analphabètes – et un faible niveau de développement – l’IDH en Afrique subsaharienne est de 0,523 en 2015 – alors il y aura toujours des défis sécuritaires.

Dans cette optique, dans quelle mesure l’UA peut-elle rester unie et faire front à ses défis en étant coordonné et plus forte dans ses rapports avec l’UE ? Peut-être qu’elle devrait commencer par pallier au déficit de culture démocratique de ses dirigeants africains – en Afrique Centrale seulement, 5 présidents totalisent ensemble 165 années au pouvoir – et approfondir sa transition vers une gouvernance davantage démocratique.

Article rédigé par: Norma AIDIBE Norma et Nancy KHALIL

Références:

Article « 5esommet Union africaine-UE 29-30/11/2017 » Conseil européen (Novembre 2017). http://www.consilium.europa.eu/fr/meetings/international-summit/2017/11/29-30/

Raymond Ebalé (2015), « Comprendre les accords de partenariat économique entre l’UE et les pays ACP », Etudes Africaines, série Economie, éd. L’Harmattan.

Article « Sommet UA-UE 2017 »Le Partenariat Afrique-UE (Novembre 2017). https://www.africa-eu-partnership.org/fr/newsroom/all-news/sommet-ua-ue-2017

Article « Sommet de l’Union africaine :la réforme en cinq points »Le Monde Afrique par Emeline Wuilbercq (Janvier 2017). http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/01/30/sommet-de-l-union-africaine-la-reforme-en-cinq-points_5071643_3212.html

Rapport « L’Union Africaine face aux défis du continent »par Pascal De Gendt dans Analyses & Études Politique internationale, Service International de Recherche d’Éducation et d’Action sociale asbl (2016/19). http://www.sireas.be/publications/analyse2016/2016-19int.pdf

Briefing N° 135/Africa « Sept priorités pour l’Union africaine en 2018 »International Crisis Group (Janvier 2018). https://www.crisisgroup.org/fr/africa/b135-seven-priorities-african-union-2018

Compte rendu de la conférence « Les relations entre l’Union européenne et le continent africain »Institut de Relations Internationales et Stratégiques et Maison de l’Europe de Paris (Février 2011). http://www.iris-france.org/docs/kfm_docs/docs/cr-conferences/2011-01-cr-ue-afrique.pdf

Rapport Afrique N°255 « Nouveau départ pour les relations entre l’Union africaine et l’Union européenne » International Crisis Group (Octobre 2017). https://www.crisisgroup.org/fr/africa/255-time-reset-african-union-european-union-relations

Rapport politiques et gestion 18 « Construire l’Union africaine : Une évaluation des progrès accomplis et des perspectives d’avenir de l’architecture institutionnelle de l’Union africaine » coordonnée par Geert Laporte et James Mackie, European Centre for Development Policy Management (Octobre 2010). http://ecdpm.org/wp-content/uploads/pmr18-fr.pdf

Briefing « Quel avenir pour les relations UE-ACP après 2020 ? » Confédération européenne des ONG d’urgence et de développement (Décembre 2014). https://concordeurope.org/wp-content/uploads/2016/07/JPA-briefing-Future-of-Cotonou-draft-4-Final_FR-2.pdf?1fdb40&1fdb40

Mwayila Tshiyembe (2012), chap. « Partenariat Europe/Afrique à l’épreuve de la globalisation : clefs du divorce et défis d’émancipation pour le multilatéralisme »,Partenariat Europe-Afrique et les intégrations régionales, sous la direction de Luc Marius Ibriga, éd. Bruylant.

Romain Esmenjaud (2012), « L’Union africaine 10 ans après », Annuaire français de Relations internationales, vol. XIII (2012). http://www.afri-ct.org/wp content/uploads/2015/02/34_Rubriques_Esmenjaud.pdf

Rapport du Dialogue « Approfondir la transition vers la Gouvernance démocratique en Afrique centrale »International Institute for Democracy and Electoral Assistance (Décembre 2015). https://www.idea.int/sites/default/files/publications/approfondir-la-transitionen-afrique-centrale.pdf

Article « Nouveaux accords ACP-UE »par Jean-Loup Feltz (2009) disponible sur  http://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=ETU_104_0451

Andras Istvan Türke (2013), « La géopolitique des premières missions de l’Union européenne en Afrique », Questions contemporaines, éd. L’Harmattan.

Hervé Mahicka (2018), « L’Afrique, une promesse : Comment l’Afrique s’éveillera », éd. Michalon.

Moïse Tchando Kerekou (2011), « Union africaine et processus d’intégration », éd. L’Harmattan.

Joseph Mbita (2015), « L’Afrique face aux accords de partenariat avec l’Europe », éd. L’Harmattan Cameroun.

Les travailleurs détachés : Un nouveau défi pour l’Europe

Le 8 mars 2016, la Commission européenne a proposé une révision des règles sur le détachement de travailleurs au sein de l’UE afin de les adapter aux besoins actuels. Tant que cette proposition n’a pas été approuvée par les États membres et le Parlement européen, la réglementation actuelle reste en vigueur. Compte tenu des lenteurs administratives, le contexte évolue et les lois se trouvent en inadéquation avec la situation. Par conséquent, une nouvelle réforme a été pensée et soumise aux votes. Ainsi, avec cette réforme, le salarié pourra bénéficier d’un salaire équivalent ou supérieur au salaire minimal en vigueur dans le pays de détachement. Il pourra également bénéficier du régime de sécurité sociale sous réserve de s’inscrire.

La Commission européenne

Une nouvelle directive contre les abus

Afin de lutter contre les abus, il y a la mise en place, en 2016, d’une carte d’identification professionnelle obligatoire, notamment dans le BTP. Des sanctions sont prévues pour le travail illégal et la présence d’agents de contrôle est renforcée. Une première version du texte avait été rejetée par 11 pays, principalement d’Europe centrale ou de l’Est (Pologne, Bulgarie, Hongrie, Croatie, République Tchèque, Estonie, Roumanie, Lituanie, Lettonie, Slovaquie, Danemark). Les discussions se sont poursuivies durant un an et Emmanuel Macron avait proposé en juin 2017, une nouvelle révision du texte, dans le sens d’un durcissement en renforçant la coopération européenne contre les fraudes.

Lire la suite

Politique agricole au Nigéria : entre potentialités, ambitions et impasses

Récolte de tomates par des ouvriers agricoles nigérians soutenus par l’entreprise Babban Gona dans la lutte contre le chômage et la réduction des conflits. Photographie de Jason Andrew. Source : Natgeographic, Nigéria : L’agriculture contre les armes 

L’action publique en matière d’agriculture dans les pays africains est présentée comme ayant eu un impact significatif sur la réduction de la pauvreté et comme un moteur de croissance. Parmi les plus connus d’entre eux, les grands projets de réforme agraire du Burkina Faso initiés par Thomas Sankara, personnalité très attachée à la souveraineté alimentaire. 

L’agriculture est une composante clé de l’économie du Nigéria. Elle représente 40% du PIB et le secteur agricole emploi 70% de la population active. Cependant, les prix des denrées alimentaires sont très élevés pour les ménages causant malnutrition infantile et insécurité alimentaire. Depuis l’indépendance du pays, les politiques agricoles du Nigéria ont pourtant beaucoup évolué. D’abord, dès les années 1960, l’Etat est fortement intervenu dans le secteur agricole par la conception au niveau fédéral de plans de développement et leur mise en œuvre par les différents Etats fédérés, dans l’objectif de renforcer la production nationale.

Les années 1970 quant à elles, se caractérisent par un désinvestissement de la question agricole au profit de l’exploitation intensive du pétrole. Les conséquences n’ont pas tardé à se faire sentir puisque le Nigéria deviendra de plus en plus dépendant de l’importation de denrées alimentaires et connaitra même une crise alimentaire majeure en 1976.

En 1998, le gouvernement nigérian porte un regain d’intérêt au secteur agricole avec, pour la première fois, comme objectif, la sécurité alimentaire à travers le développement de la production agricole locale. Depuis cette période, l’agriculture bénéficie d’une place importante dans les orientations stratégiques du pays.

En ce sens, en 2011, le ministère de l’Agriculture et du développement rural a initié l’Agricultural Transformation Agenda, un plan de transformation du secteur agricole dont les objectifs sont l’autosuffisance alimentaire et la création d’emplois. En élaborant ce plan, les autorités publiques nigérianes ont l’ambition de répondre aux enjeux majeurs de l’agriculture nigériane qui n’ont pas été atteints par les précédentes politiques agricoles, tout en incorporant de nouveaux acteurs dans les processus décisionnels.

Une politique agricole ambitieuse pour pallier aux échecs du passé

Les politiques agricoles précédentes ont connu beaucoup de déboires. En outre, leur mise en œuvre par l’administration centrale et les Etats fédérés a été sujette à une mauvaise coordination. Conséquences, l’insécurité alimentaire voire la famine dans certaines régions et la situation désastreuse des fermiers persistent jusqu’à nos jours. Elaborée dans le cadre des Objectifs du millénaire pour le développement, cette nouvelle politique agricole se veut plus efficiente dans la gestion des problèmes d’insécurité alimentaire et de chômage lié au secteur agricole en sollicitant la participation d’acteurs privés et d’ONG engagés dans la promotion d’une représentation positive de l’agriculture dans la société nigériane.

45 300 fermiers et entrepreneurs du monde rural sont directement concernés par la nouvelle politique agricole. Les petits et moyens entrepreneurs et les associations commerciales qui fournissent des services aux ménages ruraux en sont quant à eux les bénéficiaires indirects. Les femmes et les jeunes, particulièrement touchés par le chômage, sont les premiers visés par cette mesure. Jusqu’ici l’ATA a obtenu des résultats positifs. Entre 2011 et 2014, la production alimentaire nationale a augmenté de 21 millions de tonnes et les emplois agricoles directs ont augmenté de 3,56 millions sur la même période.

Le partenariat public-privé

« Le secteur agricole a donc un fort potentiel pour relever les défis socio-économiques, notamment les niveaux élevés de revenu, la pauvreté et l’insécurité alimentaire. »

Compte tenu de l’importance du secteur sur le plan économique, des investissements importants du public et du privé sont nécessaires pour atteindre et maintenir le taux de croissance élevé espéré grâce à la réforme agraire.

Le véritable changement réside dans l’implication d’acteurs privés, au premier rang desquels la Banque Africaine de Développement, la Banque Mondiale et des organisations non gouvernementale comme la West Africa Agricultural Productivity.

Les investissements publics sont axés sur le développement des infrastructures, notamment la réhabilitation ou la création d’infrastructures agricoles dont l’objectif est de lutter contre les effets du changement climatique, restaurer la fertilité des sols et éliminer les obstacles au commerce intérieur. A terme, l’ambition est de permettre une meilleure conformité aux normes de qualité régionales et internationales afin de restaurer la confiance de la communauté internationale à l’égard de l’Etat nigérian et de sa capacité d’agir.

Quant à la participation croissante du secteur privé, devrait permettre de développer de nouvelles technologies agricoles et créer de nombreux emplois dans les zones rurales et urbaines.

L’Agricultural Transformation Agenda semble être une feuille de route prometteuse mais il reste encore beaucoup à faire pour atteindre les objectifs qui transformeront l’énorme potentiel agricole du Nigéria en prospérité dont les fruits profiteraient à tous.

Achta Brahim Moussa

Conférences

KAMGA TCHWAKET Ignace, 5th International Conference of AAAE. Transforming Smallholder Agriculture in Africa: The Role of Policy and Governanace, 23-26 septembre 2016, Addis Abeba, Ethiopie. Yaoundé, Cameroun : Dr KAMGA TCHWAKET Ignace (non-commercial, tous droits réservés), 2016, 27 pages.

Circulaires

ADB – Nigerian Federal Ministry of Agriculture and Rural Development. Agricultural Transformation Agenda Support Program. African Development Bank Group, P-NG-AAB-003, juillet 2013, 29 pages.

Ambassade de France au Nigéria, Service Economique Régional d’Abuja. Les Secteurs de l’agriculture et de l’agrobusiness. Septembre 2015, 2 pages.

Articles périodiques

DOUILLET Mathilde et GRANDVAL Fanny. La politique agricole du Nigéria, à la recherche de cohérence dans les cadres stratégiques. Grain de Sel, 2010, N°51, 3 pages

WAFEU TOKO Patrick. L’analyse de politiques publiques en Afrique Noire. HAL, 2008, HAL Id : hal-00397756, 19 pages

Autres sources

http://www.nationalgeographic.fr/environnement/2017/11/nigeria-delaisser-les-armes-pour-lagriculture

http://gavelinternational.org/jonathans-agricultural-transformation-agenda-was-a-real-revolution/#sthash.R8hwjxwH.FhDMMOVS.dpbs

 

Algorithmes publics, transparence et démocratie

Devant l’écran, le 22 mai 2018, à Lille. Denis Charlet / AFP

Sylvie Thoron, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

Les algorithmes sont de formidables outils de gouvernance pour les administrations et semblent aujourd’hui inévitables. Nous voudrions montrer ici, à travers l’exemple de Parcoursup, qu’ils pourraient devenir aussi de puissants outils démocratiques. En janvier dernier, le gouvernement décidait de répondre à la forte contestation dont l’algorithme APB avait fait l’objet, par la mise en place hâtive de Parcoursup. Les mécontentements liés à APB avaient fini par se cristalliser autour du manque de transparence.

Lire la suite

Islam de France : des instances représentatives mais de qui ?

La police surveille des pratiquants priant dans la rue en signe de protestation contre la fermeture d’un lieu de culte à Clichy, en banlieue parisienne en 2017. Bertrand Guay/AFP

Fatima Khemilat, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

Lors de ses vœux aux autorités religieuses, le 4 janvier dernier, Emmanuel Macron a fait part de son intention de participer à la « structuration » de l’islam de France face aux défis contemporains que serait la division de la communauté musulmane et la crise internationale qu’elle traverse.

Pourtant, les autorités françaises ne sont pas à leur coup d’essai dans l’organisation de culte musulman sur le territoire français. Avant d’être un enjeu national, la gestion de l’islam a été un enjeu colonial. La conquête par la force du territoire algérien par l’empire français au début du XIXe siècle s’est accompagnée par une tentative, réussie il faut l’admettre, de mettre la main sur l’islam en Algérie où peu à peu il s’est inscrit

Lire la suite

Le « virage ambulatoire » de l’hôpital : de la communication ou une vraie politique de santé ?

File 20180703 116117 1lro2jb.jpg?ixlib=rb 1.1
Entré le matin à l’hôpital, le patient opéré ressort le jour même : c’est le principe de l’ambulatoire. Ici dans le service de cardiologie d’une clinique de Rome, en Italie.
Shutterstock

Yves Palau, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

À l’hôpital, les soins en ambulatoire, c’est-à-dire sans que le patient y passe la nuit, sont encouragés depuis plusieurs années. « D’ici à 2022, je souhaite porter la médecine ambulatoire à 55 % et la chirurgie ambulatoire à 70 % », contre 43 % et 54 % aujourd’hui, déclarait la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, à l’automne 2017.

Ce changement dans la manière de soigner, qualifié de « virage ambulatoire », vise à la fois à délivrer de meilleurs soins et à diminuer leur coût. Deux spécialistes de notre système de santé se sont rapprochés pour l’analyser dans un livre publié récemment aux Presses de l’EHESP, Les fondements du virage ambulatoire. Maurice-Pierre Planel est président du Comité économique des produits de santé, organisme chargé notamment de fixer le prix des médicaments. Frédéric Varnier est directeur général adjoint de l’Institut Gustave Roussy, le centre anti-cancer parisien.

Lire la suite

80 km/h : pourquoi tant de haine ?

Crédit photo : manifestation de motards le 27 janvier 2018 à Mérignac. Mehdi Fedouach/AFP

Le 1er juillet prochain, les vitesses autorisées de circulation seront abaissées de 90 à 80 km/h sur 400 000 km de routes bidirectionnelles dépourvues de séparateur central.

Depuis l’annonce, le 9 janvier 2018, de l’abaissement de la vitesse par le premier ministre, la controverse s’est installée dans les réseaux sociaux, les médias et le débat public. Elle n’a guère baissé d’intensité tout au long du semestre qui sépare la décision de sa mise en œuvre. Au lendemain même de la publication du décret, des élus et des associations ont saisi le Conseil d’État pour demander son annulation pour « excès de pouvoir » ! Face à cette mobilisation et l’opposition de l’opinion publique, les médias vont même faire d’Édouard Philippe une figure du courage en politique, là où il faudrait sans doute davantage valoriser la méthode et le travail en politique !

Lire la suite

La lutte contre les marchands de sommeil

Il n’existe pas de définition juridique du marchand de sommeil. Celui-ci est défini généralement par rapport à différentes notions prévues par les textes et notamment le Code de la santé publique. Ainsi, un marchand de sommeil serait un bailleur qui loue un bien immobilier : indigne, indécent et insalubre

Lire la suite