Algorithmes publics, transparence et démocratie

Devant l’écran, le 22 mai 2018, à Lille. Denis Charlet / AFP

Sylvie Thoron, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

Les algorithmes sont de formidables outils de gouvernance pour les administrations et semblent aujourd’hui inévitables. Nous voudrions montrer ici, à travers l’exemple de Parcoursup, qu’ils pourraient devenir aussi de puissants outils démocratiques. En janvier dernier, le gouvernement décidait de répondre à la forte contestation dont l’algorithme APB avait fait l’objet, par la mise en place hâtive de Parcoursup. Les mécontentements liés à APB avaient fini par se cristalliser autour du manque de transparence.

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Islam de France : des instances représentatives mais de qui ?

La police surveille des pratiquants priant dans la rue en signe de protestation contre la fermeture d’un lieu de culte à Clichy, en banlieue parisienne en 2017. Bertrand Guay/AFP

Fatima Khemilat, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

Lors de ses vœux aux autorités religieuses, le 4 janvier dernier, Emmanuel Macron a fait part de son intention de participer à la « structuration » de l’islam de France face aux défis contemporains que serait la division de la communauté musulmane et la crise internationale qu’elle traverse.

Pourtant, les autorités françaises ne sont pas à leur coup d’essai dans l’organisation de culte musulman sur le territoire français. Avant d’être un enjeu national, la gestion de l’islam a été un enjeu colonial. La conquête par la force du territoire algérien par l’empire français au début du XIXe siècle s’est accompagnée par une tentative, réussie il faut l’admettre, de mettre la main sur l’islam en Algérie où peu à peu il s’est inscrit

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Le « virage ambulatoire » de l’hôpital : de la communication ou une vraie politique de santé ?

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Entré le matin à l’hôpital, le patient opéré ressort le jour même : c’est le principe de l’ambulatoire. Ici dans le service de cardiologie d’une clinique de Rome, en Italie.
Shutterstock

Yves Palau, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

À l’hôpital, les soins en ambulatoire, c’est-à-dire sans que le patient y passe la nuit, sont encouragés depuis plusieurs années. « D’ici à 2022, je souhaite porter la médecine ambulatoire à 55 % et la chirurgie ambulatoire à 70 % », contre 43 % et 54 % aujourd’hui, déclarait la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, à l’automne 2017.

Ce changement dans la manière de soigner, qualifié de « virage ambulatoire », vise à la fois à délivrer de meilleurs soins et à diminuer leur coût. Deux spécialistes de notre système de santé se sont rapprochés pour l’analyser dans un livre publié récemment aux Presses de l’EHESP, Les fondements du virage ambulatoire. Maurice-Pierre Planel est président du Comité économique des produits de santé, organisme chargé notamment de fixer le prix des médicaments. Frédéric Varnier est directeur général adjoint de l’Institut Gustave Roussy, le centre anti-cancer parisien.

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80 km/h : pourquoi tant de haine ?

Crédit photo : manifestation de motards le 27 janvier 2018 à Mérignac. Mehdi Fedouach/AFP

Le 1er juillet prochain, les vitesses autorisées de circulation seront abaissées de 90 à 80 km/h sur 400 000 km de routes bidirectionnelles dépourvues de séparateur central.

Depuis l’annonce, le 9 janvier 2018, de l’abaissement de la vitesse par le premier ministre, la controverse s’est installée dans les réseaux sociaux, les médias et le débat public. Elle n’a guère baissé d’intensité tout au long du semestre qui sépare la décision de sa mise en œuvre. Au lendemain même de la publication du décret, des élus et des associations ont saisi le Conseil d’État pour demander son annulation pour « excès de pouvoir » ! Face à cette mobilisation et l’opposition de l’opinion publique, les médias vont même faire d’Édouard Philippe une figure du courage en politique, là où il faudrait sans doute davantage valoriser la méthode et le travail en politique !

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Baisse des limitations de vitesse à 80 km/h : une mesure de bon sens politique

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Depuis trois ans, le nombre de morts sur les routes françaises est reparti à la hausse.
www.twin-loc.fr/Flickr, CC BY-SA

Fabrice Hamelin, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

Le 11 décembre dernier, le Premier Ministre Édouard Philippe annonçait dans un tweet qu’il était personnellement favorable à l’abaissement de la vitesse de 90 à 80 km/h sur les routes bidirectionnelles sans séparateur central. Depuis cette annonce surprise, les éditorialistes et les observateurs de l’action publique de sécurité routière, lorsqu’ils sont favorables à la mesure, mobilisent la thèse du courage politique pour expliquer son geste. Il y en a à défendre une mesure refusée par son prédécesseur pendant plusieurs années et fortement contestée par une partie des acteurs de la sécurité routière.

Pour autant, l’explication semble un peu paresseuse. Elle ne fait que reprendre le leitmotiv des acteurs associatifs, ceux qui sont favorables à la mesure, là encore, et n’ont cessé de dénoncer le manque de courage de Bernard Cazeneuve, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur et en charge du dossier. C’est surtout une explication faible et qui a pour défaut de ne pas rendre compte du travail politique engagé.

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Il n’y a pas d’exception musulmane en matière d’abus sexuels

Harcèlement sexuel : “Il n’y a pas d’exception musulmane en matière d’abus sexuels”

Les féministes musulmanes doivent lutter contre le machisme de la société dominante et le patriarcat du monde musulman, plaide la chercheuse Fatima Khemilat dans une tribune dans Le Monde, Dialogues, samedi 4 novembre 2017, p. 21.

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Is there such a thing as a ‘Muslim vote’ in France?

 

Fatima Khemilat, Sciences Po Aix

On April 8, the well-known French television show Salut les terriens turned sour when guests discussed the very sensitive topic of the so-called “French Muslim vote”.

One panelist, journalist Sonia Mabrouk, argued that Muslims in France are constantly used by opportunists, from politicians to intellectuals, as a constituency to serve their own purposes.

The incident recalled the final televised debate of France’s 2012 presidential election, when then-candidate François Hollande sparred with incumbent President Nicolas Sarkozy over the “Muslim vote”.

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Sécurité routière, une politique au point mort ?

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Sur l’autoroute des vacances…
Tabl-trai/Flickr, CC BY-SA

Fabrice Hamelin, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)

Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la Science 2017, qui se tient du 7 au 15 octobre, et dont The Conversation France est partenaire. Retrouvez tous les débats et les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.


Les chassés-croisés sur les routes des vacances réactivent dans les médias comme dans l’opinion publique une attention particulière aux chiffres de la sécurité routière. Les uns après les autres, ils témoignent des mauvais résultats actuels de cette politique. En 2016, avec 3 477 tués sur les routes, la France a ainsi connu une troisième année consécutive d’augmentation. Au mois de juin dernier, on a enregistré une hausse de plus de 15 % des tués sur les routes par rapport à juin 2016. Au-delà des chiffres globaux, de nouvelles catégories de victimes se distinguent : les piétons et les cyclistes… Ce sont les usagers de la route les plus vulnérables. Ce sont aussi ceux qui incarnent la mobilité douce, celle qu’on aimerait voir se développer demain.

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Mais que veulent les Roumains ?

Sergiu Miscoiu

Les manifestants, dimanche 5 février, en Roumanie, avec le flash de leur portable (Sipa)

Une semaine après les immenses protestations du 5 février, une foule de 70000 personnes a envahi la Place de la Victoire, dominée par le Palais Gouvernemental. Cette foule a composé en juxtaposant des pancartes éclairées le drapeau bleu-jaune-rouge de la Roumanie. C’est un signe d’unité nationale dans le combat contre la corruption et un avertissement très précis adressé au gouvernement : aucun pas en arrière en matière de justice ne pourrait être fait sans qu’une mobilisation immense de la population ne fasse trembler l’édifice où siège l’exécutif. C’est sans précédent après 1989, dans ce pays réputé placide et démobilisé face aux vicissitudes de l’histoire et au discrétionnaire des gouvernants.

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Lisbonne. Wanna weed, coke, MD… ?

Jean-Marc Pasquet

La Rua dos Anjos dans le quartier de la Mouraria à Lisbonne
Photo : Jean-Marc Pasquet

Correspondance. Comment la dépénalisation associée à une politique de prévention et à un accompagnement des personnes dépendantes a conduit à une baisse de la consommation de drogue et de la criminalité qui lui est associée au Portugal. Un exemple à suivre ?

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