Les leviers d’action des lobbies

Les lobbies ont mené une guerre de l’ombre, qui a fonctionné comme un véritable sabotage contre la Convention Citoyenne pour le Climat qui menaçait les intérêts de ces derniers, pour ce faire les groupes d’intérêts aussi appelés lobbies ont fait usage de nombreuses stratégies mettant en scène de multiples acteurs et dispositifs.

Les propositions auxquelles les lobbies se sont opposés

Les leviers d’action et marge de manœuvre des lobbies

La capacité d’action des lobbies réside dans les ressources dont ils disposent pour se prononcer et influencer sur la décision publique, ainsi ils mettent en avant des stratégies pour valoriser leurs intérêts. Avec la convention citoyenne pour le climat, les lobbies ne se sont pas privés de mettre en avant des ressources et des stratégies pour détourner les objectifs de départ de celle-ci. La démarche a conduit à réduire les propositions des citoyens afin de sauvegarder leurs propres intérêts.

En effet, les exigences des citoyens en ce qui concerne la réduction des émissions de gaz à effet de serre, ciblent en grande partie le secteur industriel, un gros acteur influant sur le changement climatique. Pour donner de la matière à leur argument en vue de se déresponsabiliser des accusations qui leur sont adressés, les secteurs industriels dans l’ensemble se focalisent sur des concepts qui les convertissent en victimes.

Les stratégies principales mises en place par les groupes d’intérêts face à la convention citoyenne, ont consisté à mobiliser tous leurs leviers d’influence et leurs alliés habituels, y compris au coeur même de l’État. Des entités sur lesquelles les lobbies se sont appuyés pour se dresser contre la convention citoyenne :

– Les associations professionnelles sectorielles, chargées de défendre les intérêts communs de toute une industrie au niveau national ou international (l’Association nationale des industries agroalimentaires, la Plateforme française de l’automobile, ou encore l’IATA).
– Les organisations patronales (le Medef ou l’Afep), qui interviennent en soutien des différents secteurs et traitent les questions transversales touchant au droit ou à la fiscalité, comme la création d’un délit d’écocide.
– Des cabinets de lobbying comme Boury Tallon ou Batout Guilbaud, ainsi que des spécialistes de la communication et de la réputation comme Fleishman Hillard.
– Des responsables politiques locaux ou nationaux proches des secteurs visés, ou issus de communes ou circonscriptions où ils ont des usines et établissements. De nombreux élus du Sud-ouest de la France sont ainsi montés au front ces derniers mois pour défendre le secteur aérien.
– Des alliés potentiels peuvent être trouvés dans le monde syndical, inquiet pour l’emploi, voire dans des associations créées de toutes pièces ou entretenant la confusion entre défense des consommateurs et défense des industriels.
– Des think tanks financés par les grandes entreprises et qui, comme par hasard, défendent des idées favorables à leurs intérêts ou critiquent les réformes qui les menacent.
– Des cautions « vertes » et des initiatives volontaires censées démontrer l’inutilité d’une régulation publique contraignante.

Les alliés des lobbies sont dans les ministères

C’est en bonne partie grâce aux acteurs de l’administration que ce lobbying s’est révélé efficace puisque les principaux alliés des industriels ont été les hautes administrations, en effet les industrie concernées par les propositions de la Convention citoyenne pour le Climat ont déniché leurs alliés directement dans les ministères, ainsi on a pu voir le ministre des Transports s’opposer à l’”aviation-bashing” ou encore le ministre de l’Agriculture s’opposer à “une écologie de l’injonction”.

Puis c’est à travers la production de nombreux rapports d’impact rédigés par les hauts fonctionnaires qu’ont été décrédibiliser les propositions citoyennes. Ces études ont servi d’argument aux acteurs industriels. C’est le cas avec la Direction générale de la performance économique et environnementale des entreprises (DGPE) qui à travers une note s’est fermement opposée à l’idée d’une redevance sur les engrais azotés, l’une des propositions de la Convention citoyenne pour le Climat, de ce fait le ministre de l’Agriculture a renvoyé cette proposition à 2024. Il y a également la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) qui a surévalué le coût de l’éco contribution sur les billets d’avion, estimant alors à 3 milliards d’euros et 70 000 emplois afin de rendre légitime leur opposition à cette proposition, le chiffre a d’ailleurs été largement repris par l’industrie par la suite, ce à quoi le ministre délégué aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari a déclaré sur Twitter qu’il y aura ultérieurement un débat au sujet de l’écotaxe.

Pourquoi ce lobbying a si bien réussi

L’efficacité du lobbying exercé par les industriels peut s’expliquer par plusieurs raisons. Cette alliance est d’une part possible grâce au côtoiement quotidien dans une multitudes de structures de concertation et de régulation des haut fonctionnaires et des industriels, cette alliance est également entretenue par l’organisation d’évènements spécifiquement dédiés où décideurs politiques et figures du secteur industriel peuvent se côtoyer à l’abri de toutes opinions divergentes.

L’efficacité des alliances créées par ces rencontres est renforcée par la similitude des profils sociaux et professionnels que partagent les hauts fonctionnaires, les politiques et les industriels concernés. On peut aussi accuser le phénomène de “portes tournantes” c’est-à-dire le recrutement de responsables publics dans le secteur privé (et inversement) comme responsable de l’efficacité de ce lobbying.

Kouame ADLE, Claire FOUGERON et Hajar HABAILI

Bibliographie

– https://www.quechoisir.org/actualite-marketing-alimentaire-la-publicite-contreattaque-n84391/
-https://www.foodwatch.org/fr/actualites/2020/revelations-la-lettre-honteuse-delindustrie-alimentaire-a-quatre-ministres/
-https://www.lefigaro.fr/vox/politique/la-convention-citoyenne-pour-le-climat-affaiblit-les-institutions-democratiques-traditionnelles-20200623
-https://www.agro.basf.fr/fr/actus/actualites_basf_france_division_agro/agroecologie_convention_citoyenne_pour_climat_s_egare.html
– https://multinationales.org/IMG/pdf/rapp_2.pdf
– https://reporterre.net/Les-lobbies-ont-sabote-la-Convention-citoyenne-pour-leclimat
– -https://multinationales.org/lobbys-citoyens-convention-climat
– Hassenteufel Patrick, Sociologie politique : l’action publique, Armand Colin, 2e édition, 2011
– Knoepfel et al, analyse et pilotage des politiques publiques : France, Suisse, Canada, Presse Universitaire Québec, 2015